Pendant que les deux jeunes hommes résolvaient leur chamaillerie dans une nouvelle partie de jeux vidéo, Megara de son côté fut prise d'une soudaine crise de nostalgie. Elle alla chercher son vieil album photo dans un des tiroirs de son bureau et revint quelques minutes plus tard avec, dans le salon. Une bonne partie des photos dataient du temps où elle et Susane vivaient encore à Soul's Valley. La jeune femme sourit en les observant une à une. Au moins cela n'avait pas changé : depuis le tout début de leur rencontre elle et Susane avaient été inséparables. Puis il y avait eu Antoine...
Encore aujourd'hui elle se souvint d'à quel point elle avait pu le détester lui qui n'attendait qu'une seule chose de sa meilleure amie avec qui il sortait alors. Lui qui ne cessait de sécher les cours pour lui tenir compagnie alors que Susane restait seule à prendre des notes pour 3. Megara tourna la page et observa la photo qui reposait en bas à droite de l'album. On y voyait les deux amoureux s'embrassant à l’abri des regards, derrière l'angle de mur de l'immeuble où Megara - qui avait elle même prise cette photo – habitait alors avec sa mère. La jeune femme se mordit la lèvre. Elle s'en voulait toujours d'avoir réagit comme elle l'avait fait à cette époque... Mais c'était le seul moyen. Oui, le seul moyen. En tout cas c'était ce qui lui était apparut à ce moment là.
Ce garçon n'était vraiment pas fait pour Su ! Sa douce Susane... Elle valait cent fois mieux que lui. Il ne la méritait pas. Alors elle avait du agir... Elle avait fini par répondre à ses avances incessantes et de plus en plus insistantes dans le dos même de sa meilleure amie. Elle lui avait donné ce qu'il voulait. Bien que beaucoup de jeunes filles de leur classe, certainement jalouses d'elle (mais jalouses de quoi ?!), aient pu jaser à son propos, cela avait été sa toute première fois. Elle l'avait fait pour elle. Pour sa meilleure amie qui n'était pas encore prête à faire ce pas, elle s'était donnée à lui à sa place. Elle n'attendait rien de lui. Sa seule et unique condition fut qu'il quitte sa tendre Susane qui ne méritait pas d'être traitée comme il le faisait sans même qu'elle ne le soupçonne. Il avait sourit et avait tout de suite accepté. Bien évidemment ! Puisqu'il n'attendait que ça !
La jeune femme tourna une nouvelle page, d'un geste tremblant. La photo qu'elle vit alors, elle ne l'aimait pas du tout. Pourquoi la gardait-elle alors ? Elle n'en savait rien. Peut-être pour se souvenir malgré tout que cette époque là, aussi sombre fut-elle, avait belle et bien existée... Peut-être aurait-elle voulu dire rien qu'en la regardant qu'elle s'en était sorti... C'était vrai d'ailleurs : elle avait survécus à cette période difficile de sa vie. Elle était encore là pour en témoigner. Elle avait renoué avec sa meilleure amie et dorénavant tout allait bien pour elle. Pourtant... pourtant... Le simple fait de contempler cette photo éveiller encore en elle les souvenirs du pire moment de sa vie.
Ses cheveux étaient ternes sur ce cliché. Même son regard semblait sombre et vide...
Elle avait l'air si... Inexpressive !
Susane les avaient surpris elle et Antoine entrain de s'embrasser, quelques années plus tôt... Tout était partit de là. Elle s'était alors enfui en courant jusqu'à chez elle et ne leur avait plus donné signe de vie. Elle n'avait pas répondu à ses appels incessants sur son portable, le soir même, lorsque sa propre mère, ayant découvert la présence du garçon dans leur appartement pendant son absence, l'avait littéralement jetée dehors. Hors de question d'aller le voir pour demander de l'aide. Tremblante de froid, elle avait préféré se réfugier avec son sac à dos sous un vieux porche de maison pour appeler encore et encore sa meilleure amie qui refusait inlassablement de lui répondre. C'était égoïste de sa part, elle le savait, pourtant elle continuait d'espérer au fond d'elle que Susane finisse par accepter de l'aider, malgré la terrible trahison dont elle venait de faire preuve vis à vis d'elle. Mais la jeune fille garda le silence et des larmes se mirent à couler le long des joues rosies par le froid de son amie qu’elle venait d’abandonner sans même le savoir.
A cet instant, aucune des deux jeunes femmes n'en avait jamais rien su pourtant elle avaient bel et bien été réunies. L'espace de cet instant... ces quelques minutes... Elles avaient était deux à pleurer. Pleurer à cause de cet Antoine. Pleurer la perte de leur amie si chère à leur coeur. L'une à la rue, dans le froid, son portable serré dans ses mains gelées. La seconde dans sa chambre, assise par terre, la tête sans ses genoux, son portable vibrant sur le sol juste à côté d'elle. Chacune pensant à l'autre...
Puis Megara s'était résolu à sécher ses larmes et s'était dirigée vers le foyer le plus proche. Le ciel s'assombrissant à vu d'oeil. Il lui fallait rapidement trouver un toit au dessus de la tête pour passer la nuit. Et puis après... Après... Il lui serait toujours temps d'aviser après...

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